Le Caillou-qui-Bique

Véritable point d'attraction de la région, le Caillou-qui-Bique reçoit chaque année la visite de nombreux promeneurs. Il se situe le long de la Grande Honnelles dans le bois qui porte son nom à Roisin.

Il s'agit en fait d'un amat de Poudingue (sédiment de roches dures), vieux de 370 millions d’années, à une hauteur de plus ou moins 25 mètres. Son sommet a fait l'objet de recherches archéologiques qui ont établi que certains de nos ancêtres y ont vécu.

Une légende régionale raconte que le Caillou-qui-Bique aurait des origines diaboliques.

Ludovic Boucart organise au travers d'Harmonie Intérieure des visites du bois du Caillou-qui-Bique dont fait partie bien entendu cette fameuse roche.

 

La légende

La légende raconte qu’en ce temps-là, l’abbaye de Stavelot, en Ardenne liégeoise, est en construction et que Satan est furieux parce que le monastère risque fort de limiter son champ d’action, de s’opposer à son œuvre de recrutement et de lui enlever de nombreuses âmes. Ses intérêts sont compromis et il est bien décidé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour s’opposer au dessein de Saint Remacle, qui a pris l’initiative d’édifier l’abbaye de Stavelot.

Le Diable, en passant par les Pyrénées, remarque un énorme rocher qui peut être l’instrument de sa vengeance. Il le charge sur ses épaules, traverse toute la France et se dirige vers Stavelot où, il le sait, on se prépare à célébrer la dédicace de l’abbatiale. Il envisage de lancer son rude fardeau, lors de la cérémonie, sur l’église, détruisant celle-ci et ensevelissant, sous ses pierres, l’abbé et toute la communauté monastique. Et, tout en avançant – de plus en plus péniblement – vers son objectif, il se réjouit déjà à la perspective de son exploit et ricane…

La route de Satan passe par la vallée de la Grande Honnelle, entre Angre et Autreppe et, tandis qu’il marche lentement, il aperçoit, venant à sa rencontre, un pauvre hère.

Lorsque celui-ci n’est plus qu’à quelques mètres de lui, il remarque que l’homme, qui est chargé d’un grand sac assez encombrant, a des chaussures en très mauvais état.

Le Diable s’adresse au passant : « Pauvre homme, pourriez-vous me dire si je suis encore loin de Stavelot où je souhaiterais arriver bientôt ! »

Le voyageur en haillons est, en fait, un messager de Saint Remacle, voire Saint Remacle lui-même.

Ce dernier a été averti l’avant-veille, par un ange, de l’approche du Malin et de son intention de s’attaquer à l’abbaye. Il n’est donc nullement surpris.

« Stavelot ?» répond-il, « mais j’en viens précisément. J’ai traversé l’Ardenne et ses forêts, la Famenne et ses marécages, le Condroz et ses champs pierreux et la montueuse région de l’Entre-Sambre-et-Meuse. J’ai marché des jours et des jours avant d’arriver ici… »

« C’est donc si loin ! » s’étonne le Diable.

« Oui, c’est encore très loin ! Voyez, toutes les chaussures que j’ai usées pour arriver jusqu’ici ! »

Pour prouver l’exactitude de ses propos, le voyageur se décharge de son sac et le retourne. Une énorme quantité de bottes, souliers, et sandales dont les semelles sont trouées s’en échappent.
 

« Voyez vous-même ! »

Le surprenant spectacle des chaussures élimées, usées jusqu’à la dernière extrémité, ne peut manquer de susciter la rage et le découragement de Satan qui jure :

« Mais je n’arriverai jamais à temps ! »

Et, soudain, plein de colère, il laisse choir son fardeau qui culbute et s’enfonce, de biais, dans le sol, en vue de la Petite Honnelle, en un lieu qui sera dès lors appelé le Thier du Diable. Ce rocher, qui a environ 25 mètres de haut, est lui-même dénommé Caillou-qui-bique parce que, selon Louis Sarot, « en patois local, dans le jeu du « tric-trac » ou de « zanzibar », on nomme ainsi un dé qui ne repose sur aucune faces mais se maintient en équilibre sur une arête en s’appuyant sur le rebord du jeu ou sur un autre dé… »

En tombant et en s’enfonçant dans le sol, le rocher provoque un tremblement de terre aux alentours. Qu’importe ! C’est en lançant un blasphème tonitruant que Satan, brusquement, s’éclipse. Le voyageur sourit puis s’agenouille afin de remercier le ciel.

Paul Evère faisait observer qu’il eût été plus logique, ou plus piquant, d’attribuer la mise en fuite du Diable à Saint-Ghislain qui, nous le savons, avait exercé son apostolat dans la région des deux Honnelles et qui, lui aussi, était fondateur d’une abbaye…bien plus proche que celle de Stavelot puisque située à quelques kilomètres seulement de Mons, entre le Haut-Pays, où se situe le Caillou-qui-bique, et le chef-lieu de la province.

Il nous est loisible de substituer Ghislain à Remacle puisque cette substitution ne modifie pas le récit, dont la trame demeure identique et dont l’enseignement n’est pas altéré.

Dans tous les cas, le Diable est mis en échec.

 


 

 

*texte extrait du site internet du Parc Naturel des Hauts-Pays